Coetel – synopsis

Coetel – synopsis

Elle a marché pendant des années sans trouver de porte. Il n’y avait que des murs, et au-dessus d’elle, des ponts. Elle a vu des costumes, des valises, des fantômes, des inondations et des incendies.

Elle a parcouru la ville entière, cachée, chaque soir, et un jour, elle l’a rencontré. Ce n’était pas le geste romantique auquel elle s’attendait – elle rêvait depuis longtemps de feux d’artifices (elle avait lu qu’ils existaient dans l’autobiographie de sa grand-mère). Quelque chose pourtant la fit s’arrêter. Il n’y avait aucun bruit. Il n’y avait presque pas de visage. Ce fut peut-être ce silence, entièrement désarmant, si vulnérable, qui la conquit. Ils ne savaient où aller : il ne pouvait pas aller chez elle, et elle ne pouvait pas aller chez lui. Alors ils se retrouvaient chaque soir, à l’endroit où ils s’étaient rencontrés, sans rendez-vous, au hasard, au hasard du quotidien qui se répétait infiniment. Les murs avaient une autre saveur avec lui, les costumes aussi. Elle avait de moins en moins peur. Parfois, même, ils bravaient l’aube. Lorsque les policiers se multipliaient, ils couraient. Ils semblaient flotter, plutôt, parce que leurs pas ne faisaient aucun son.

La journée leur plaisait de plus en plus. Il y avait quelque chose dans la lumière du matin, une saveur, qui la remplissait de joie. Elle sentait germer en elle un être nouveau, un tout petit individu, qui un jour aurait sa tour, son pont, ses murs. Un jour, lui aussi aurait des chambres et des couloirs remplis de murmures et secrets qu’il ne pourrait partager avec personne. C’est ainsi qu’elle décidit, mue par la peur que son enfant naisse dans le même silence, entre les mêmes murs infranchissables, d’explorer l’interdit. Elle prit son amoureux par la main et l’emmena chez elle – on aurait dit un hôtel, un cœur-hôtel, tellement il y avait de chambres et de recoins, de vieux meubles, de tableaux, de livres, de sons. C’était un brouahaha confus, un magma d’espoirs et d’inquiétudes. Elle lui fit parcourir ses angoisses et il ne la quitta pas. Elle lui fit parcourir ses extases et il ne la quitta pas.

Un soir, il mit sa main sur la poignée de porte du sous-sol. Elle frémit. Même elle n’entrait pas le sous-sol. Elle, la rebelle, l’invaincue, la silencieuse vagabonde des nuits, n’entrait pas dans le sous-sol. Il faisait si sombre, en bas, c’était si froid : il restait tant de cris qui n’avaient pas su trouver leur silence. Elle résista et résista. Les jours passèrent. Quelque chose n’allait plus. Il y avait dans son hôtel comme une tristesse qui s’infiltrait dans le silence et le dévorait, qui le transformait en poids et non plus en gaie liberté. Parfois, il ne venait même plus. Elle était si habitée par l’idée du sous-sol qu’elle ne le voyait plus. Elle ne lui parlait plus. Elle lui en voulait de l’avoir remplie de cette obsession.

Pourtant, le jour où elle décida de tout changer, ce fut lui qu’elle alla trouver, à leur rendez-vous de chaque soir, où elle avait cessé de se rendre depuis des semaines. Il était là. Il avait toujours été là. Et c’est ensemble qu’ils ouvrirent la porte, lui derrière elle, attendant, sa main proche de son épaule mais sans tout à fait la toucher. Ils descendirent les marches et virent une catastrophe. Tout était couvert de poussière et de pus. Il y avait des insectes, de l’eau qui avait pourri, des tableaux effrayants et des tapis couverts de taches de sang et de vomi. Ce jour-là, ce fut suffisant pour eux, un premier aperçu.

Ils ne revinrent qu’une semaine après, puis de plus en plus souvent. Ils mirent de l’ordre dans le souterrain. Son corps, quelque part, les rêvait. Eux, pendant ce temps, défaisaient tout et reconstruisaient derrière eux. Il y eut ô combien de larmes et de réveils. Tout s’interrompait et il fallait sans cesse recommencer. Avec une patience infinie, il l’aida et elle se laissa aider. Quand ils eurent fini, ils comprirent quelque chose : il allait maintenant falloir qu’ils réveillent la femme, celle qui était enceinte, là-haut, au-dessus des ponts et des nuages, celle qui était seule et avait peur, celle que personne n’aidait. Il fallait qu’ensemble ils lui redonnent l’espoir que d’autres vies étaient possibles. Poursuivis par la police, ils explorèrent toutes les autres tours.

Deux morts étaient possibles : s’ils arrêtaient leur course-poursuite folle, alors la femme endormie et sans espoir mourrait ; mais s’ils se faisaient prendre, enfermer, tirer dessus, alors ce serait une mort cérébrale. Ils devaient se sauver eux et pour ce la sauver elle. Mais que cherchait-elle ? Où avait-elle enfoui ses désirs les plus secrets ? Pourquoi n’avait-elle jamais laissé quelqu’un l’aider ? Et dans quelle tour, dans quelle tour de cette gigantesque ville de gratte-ciels, se trouvait l’Oracle, l’enfant, la vieille dame, le tout et le rien, la voix sacrée qui au fond de chacun d’entre nous peut nous guider – si dans le silence nous savons l’entendre – ?

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s